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Retombées · 20 Décembre 2022

Le besoin de stockage d’énergie



Analyse et réponse au rapport 2022 d’Energy Storage Canada.

Le gouvernement fédéral s’est donné jusqu’en 2035 pour atteindre la carboneutralité dans l’ensemble du réseau électrique canadien. Cela ne laisse que 13 ans aux provinces et aux territoires pour passer d’une production fiable mais très émettrice, comme le charbon et le gaz naturel, aux éoliennes, aux parcs solaires et à d’autres technologies à faibles émissions.

Comme si ce défi ne suffisait pas, l’essor des véhicules électriques et la croissance démographique laissent prévoir une hausse de 40 % de la demande d’électricité au Canada au cours des deux prochaines décennies. Aussi imposant soit-il, ce défi stimule aussi l’innovation.


C’est là qu’intervient le stockage d’énergie.

Malgré tous les avantages environnementaux potentiels de l’éolien et du solaire, une énorme quantité d’énergie se perd entre la source et les foyers canadiens. L’an dernier, environ 12 pour cent de l’électricité produite par les éoliennes ontariennes a été perdue en transport. Même les provinces qui ont fortement accru leur production éolienne doivent encore s’appuyer largement sur le gaz et le charbon pour répondre à la demande.

« Au Nouveau-Brunswick, malgré une production éolienne considérable, la province a dû maintenir d’importants contrats avec des centrales au gaz », explique Evan Tummillo, directeur de la recherche chez Bedrock Energy Corp. « L’éolien n’est pas fiable sans stockage d’énergie. Il y a des périodes où l’éolienne est si productive qu’elle génère un surplus, lequel se perd par bridage (arrêt). Puis viennent des périodes où la production est presque nulle, alors même que la demande est bien réelle. »

« Mais si nous pouvons stocker cette électricité excédentaire et la conserver pour les périodes creuses, l’éolien devient une source d’énergie très fiable. »

M. Tummillo suggère d’y voir une pile géante. Lorsque l’éolienne injecte de l’électricité dans le réseau, tout surplus produit peut être détourné et emmagasiné jusqu’au moment voulu. L’une des formes de stockage — le stockage d’énergie par air comprimé (CAES) — utilise cette électricité excédentaire pour actionner des compresseurs qui emmagasinent de l’air dans d’immenses réservoirs souterrains. Quand la production ralentit et que les besoins augmentent, l’air comprimé traverse des turbines qui restituent l’électricité au réseau.


Bien sûr, le Nouveau-Brunswick n’est pas seul à pouvoir profiter du stockage d’énergie. Les occasions existent partout au Canada. Un rapport publié en octobre par Canada Energy Storage estime que les cibles d’émissions du pays porteront les besoins en stockage à 12 gigawatts (GW) par année d’ici 2035. D’ici 2050, ce chiffre pourrait atteindre 52 GW, soit assez d’électricité pour alimenter Toronto pendant 10 ans.

Le besoin sera criant dans les provinces qui doivent déclasser des centrales au charbon ou subir une taxe carbone considérable.

« À l’heure actuelle, l’Alberta, la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse brûlent encore du charbon pour produire de l’électricité », affirme M. Tummillo. « Il fut un temps où ces provinces jugeaient que la transition vers le gaz naturel était l’option la plus viable, comme source de combustible “plus propre”. Mais le gaz naturel libère beaucoup de méthane et n’élimine pas vraiment les émissions. Si elles s’engagent dans cette voie, elles finiront par écoper d’une facture salée en taxe sur le carbone. C’est pourquoi on assiste à un virage vers l’éolien, ce qui suppose du stockage d’énergie. »

L’Ontario est un candidat de choix pour le stockage d’énergie, puisqu’il doit mettre hors service 10 GW de production au gaz au cours des 13 prochaines années. Attrait supplémentaire : le Sud-Ouest ontarien abrite une immense formation de cavités souterraines naturellement propices au stockage d’air comprimé, ce qui réduit les coûts de construction. Bedrock Energy Corp. travaille à une proposition qui transformerait ces cavités en ce qu’on pourrait essentiellement appeler des piles géantes, grâce au stockage d’énergie par air comprimé.


« Ces cavités sont solides, elles tiennent depuis 400 millions d’années et elles ont déjà servi à stocker du gaz naturel », explique M. Tummillo. « La beauté du stockage d’énergie, c’est que l’essentiel de cette technologie est en usage depuis des décennies, voire davantage. Nous utilisons des turbines à vapeur, brevetées dès les années 1880, des compresseurs d’air, apparus dans les années 1930, et le stockage à grande échelle, né à la fin des années 1970. »

« L’impératif n’est pas de poursuivre les études — compte tenu de la somme de connaissances et de solutions déjà disponibles —, mais simplement d’accepter de mettre ces technologies en application. Il faut mettre en service davantage de stockage et expliquer aux gens pourquoi il doit faire partie du bouquet. Il y a toute cette électricité produite et inutilisée qui n’attend qu’à être valorisée; imaginez l’énergie que nous produisons comme du sable retenu entre nos mains, qui file entre nos doigts, et tout ce que nous disons, c’est “on devrait peut-être prendre ce seau là-bas et le recueillir”. »

C’est la voie à suivre, selon Bedrock.

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