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Retombées · 6 mars 2023

L’avenir énergétique de l’Ontario (carboneutralité)



Ce n’est ni de la vantardise ni un stratagème marketing. C’est l’une des grandes conclusions d’un rapport publié en décembre par la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE) de la province. Les auteurs soutiennent que l’Ontario fait face à un défi d’une ampleur générationnelle : doubler sa production d’électricité au cours des 30 prochaines années tout en retirant du réseau des milliers de mégawatts de production au gaz.

« Il est difficile d’exagérer l’ampleur du défi qui nous attend », affirme Evan Tummillo, directeur des relations externes de Bedrock Energy Corp. « Rien que pour remplacer l’infrastructure gazière existante par du nucléaire, il faudrait construire quelque 40 petits réacteurs modulaires. On parle de milliards et de milliards en nouvelles infrastructures dans un laps de temps relativement court. »

Le rapport de la SIERE affirme que « toutes les ressources connues ou potentielles » seront nécessaires pour répondre à la demande croissante de l’Ontario, une liste qui comprend des milliards en investissements dans le stockage d’énergie, des sources établies comme le nucléaire, le solaire et l’éolien, mais aussi des technologies expérimentales comme l’hydrogène. Ce dernier volet, souligne M. Tummillo, n’a rien d’une mince affaire.

« Admettons que, dans le meilleur des mondes, on puisse remplacer le gaz naturel par l’hydrogène — qui demeure largement expérimental —, comment l’acheminer de la source de production à l’utilisateur final? Pour fournir les volumes nécessaires aux besoins du réseau, il faudrait vraisemblablement reconstruire des pipelines partout en Ontario », explique M. Tummillo. « Comme les molécules d’hydrogène sont très petites, elles s’échappent des canalisations ordinaires. Les reconstruire suppose donc des consultations publiques à répétition. Des communautés autochtones dont les terres peuvent être touchées ont le droit d’être consultées; c’est une tâche colossale. Et cela, en supposant que la technologie puisse même être déployée à grande échelle dans un avenir rapproché. »


Même le rapport de la SIERE, pourtant optimiste à l’égard de l’hydrogène, prévient que celui-ci « n’existe pas encore à grande échelle » et qu’un stockage accru sera essentiel si cette nouvelle technologie ne perce pas. Lors d’une entrevue accordée le mois dernier à CBC News, le dirigeant du secteur de l’énergie Matthew Sachs déclarait que le stockage d’énergie transformera l’industrie de la même manière et pour les mêmes raisons que la réfrigération a transformé l’industrie laitière. Autrement dit, la capacité des villes et même des ménages à stocker une denrée change sa distribution, fait baisser les coûts, réduit le gaspillage et bouscule les monopoles énergétiques.

Conscient des défis que pose la décarbonation du réseau, la Ville de Toronto a annoncé l’an dernier son objectif de mettre en service 100 MW de stockage d’ici 2025 et 1 000 MW d’ici 2050. Cela exigera un investissement massif de tous les ordres de gouvernement, mais promet aussi de faire baisser les coûts et de réduire les interruptions de service.

« Quand on dispose d’un stockage d’énergie fiable, l’approvisionnement est plus stable et les pannes se font plus rares », explique M. Tummillo. « On peut s’appuyer davantage sur des options intermittentes mais écologiquement responsables comme l’éolien et le solaire. Pendant les périodes de production excédentaire, on emmagasine l’énergie pour la réinjecter dans le réseau quand le vent tombe. C’est peut-être nouveau à une si grande échelle, mais ce n’est pas expérimental. [Ici, chez Bedrock,] nous utilisons une technologie éprouvée et nous tirons le maximum des infrastructures existantes au lieu de construire sans cesse. »

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